En Côte d'Ivoire, un front uni contre la corruption
Depuis quelques années, la lutte contre la corruption en Côte d'Ivoire ne se fait plus à huis clos. Dans les couloirs de la Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance et lors des rencontres entre ONG, une méthode s'est imposée : faire front commun. Une stratégie nationale est née, co-construite par l'État et la société civile, dans un souci partagé d'efficacité et de transparence. transparenceSelon les articles de gouvernance de l'OGP, la transparence se produit lorsque "les informations détenues par le gouvernement (y compris sur les activités et les décisions) sont ouvertes, complètes, opportunes, librement accessibles au public... AutresNumérisation des procédures, formation des acteurs, budgétisation citoyenne, protection des lanceurs d'alerte : la tâche est vaste, les résistances réelles, mais les lignes bougent. Voici l'histoire d'un dialogue fragile mais inédit entre l'État et les citoyens.
Dans un bureau d'Abidjan, une pile de signalements anonymes attend d'être traitée. Chacun à sa manière, ils dénoncent un soupçon de corruption. Depuis 2015, ils arrivent par centaines au greffe. Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance (HABG), institution née en 2013 et placée sous la tutelle de la présidence. L'équipe enquête, transmet ses conclusions au parquet, puis garde le silence.
« La HABG n'est pas un tribunal. Sa mission est de prévenir et de sanctionner la corruption et les infractions assimilées. En matière de répression, elle se situe en amont de la chaîne. Son rôle est de recevoir les plaintes et les dénonciations, de les traiter, de mener les enquêtes et de transmettre les conclusions au Pôle Pénal Économique et Financier. Le procureur de la République a le dernier mot sur l'opportunité des poursuites », explique Esther Coulibaly, directrice de la coopération à la HABG.
Aujourd'hui, la HABG est l'un des acteurs les plus visibles de la lutte contre la corruption en Côte d'Ivoire. Mais elle n'est plus seule. L'adhésion du pays à l'Union africaine a contribué à Open Government Partnership (OGP) en 2015 a contribué à structurer un espace de dialogue plus large, au sein duquel de nouvelles voix se sont affirmées : celles des ONG, des journalistes, des collectifs citoyens. Parmi elles, celle de Kouamé Dongo Kouman, coordinateur national de Publiez ce que vous payez – Côte d'Ivoire « En 2015, nous avons compris que nous devions parler d'une seule voix (en tant que société civile) pour être entendus », explique-t-il. Kouman siège désormais au comité technique de l'OGP au nom de l'ONG Transparency. JusticePour surmonter les obstacles qui empêchent les citoyens de voir leurs besoins en matière de justice satisfaits, les gouvernements participants à l'OGP s'efforcent d'étendre la transparence, la responsabilité et l'inclusion dans tous les systèmes de justice... aux côtés des représentants du gouvernement.
Le dialogue n'a pas toujours été facile. Au début, il frisait même l'incompréhension.
« La société civile s'attendait à des sanctions pénales immédiates. Nous avons dû expliquer notre mandat, ouvrir nos portes et aller à la rencontre du public. Cette pédagogie nous a permis de véritablement co-créer nos engagements », explique Esther Coulibaly.
Les premiers résultats sont tangibles. Un budget citoyen synthétique a été créé pour populariser les finances publiques. Une Stratégie nationale de lutte contre la corruption (SNLC), couvrant la période 2024-2028, a été adoptée en juin dernier. Elle définit cinquante-quatre actions concrètes réparties en cinq domaines prioritaires : réformer le cadre juridique, renforcer les contrôles, améliorer l'administration, consolider les organismes de lutte contre la corruption et impliquer les citoyens.
Des engagements plus forts ont émergé, axés sur l’intégrité des services publics, à travers des actions concrètes comme la numérisation de l’administration ou la généralisation des déclarations de patrimoine, obligatoires en début et en fin de mandat pour les fonctionnaires.
« La déclaration de patrimoine est un outil essentiel. Elle doit être effectuée à l'entrée et à la sortie de fonction. Aujourd'hui, nous travaillons à la numérisation de l'ensemble du processus afin de mieux détecter les cas d'enrichissement illicite », explique le directeur de la coopération.
Des audits ont été menés dans plusieurs entités gouvernementales, conduisant au licenciement de dirigeants de structures clés (Agence de gestion et de développement informatique, Fonds d'Entretien Routier, Office National de la Statistique, Autorité de Régulation des Télécommunications/TIC de Côte d'Ivoire). En effet, plusieurs indicateurs de gouvernance utilisés par le Millennium Challenge Corporation (MCC) est passée du rouge au vert entre 2011 et 2019, notamment en matière de lutte contre la corruption, d’efficacité gouvernementale et de libertés civiles, ce qui a permis à la Côte d’Ivoire de devenir éligible à un programme Compact de plus de 500 millions de dollars signé en 2017.
Chantal Angoua, conseillère technique du ministre du Commerce et de l'Industrie et présidente du comité technique de l'OGP, insiste sur un autre levier : la technologie. « Les outils numériques permettent un traitement plus rapide des réclamations et une automatisation des vérifications », explique-t-elle. Une plateforme informatique intégrée a été mise en place pour gérer les données de déclaration de patrimoine. L'Observatoire du Service Public (OSEP), organisme tripartite réunissant l'administration, le ministère de l'Intérieur et des Collectivités Territoriales (Ministère de l'Intérieur), a été créé. secteur privéLes gouvernements s'efforcent également d'ouvrir les pratiques du secteur privé, notamment grâce à la transparence de la propriété réelle, aux contrats ouverts et à la réglementation des normes environnementales. Spécification technique... Autres et la société civile, recueille les réclamations des usagers et suit leur traitement. La Maison du Service Public, quant à elle, offre un accès unique, physique et numérique, à un large éventail de services administratifs. « Le numérique n'est pas seulement une question de modernisation ; c'est un moyen de réduire la marge d'arbitraire », souligne-t-elle.
Les citoyens, désormais mieux outillés, peuvent signaler anonymement les actes de corruption via de nombreux canaux numériques ou téléphoniques. Applications mobiles, numéros verts, formulaires en ligne : autant de moyens discrets et accessibles qui renforcent leur rôle de contrôle de l’action publique.
L'approche ivoirienne a suscité un intérêt au-delà de ses frontières. Le HABG a noué des partenariats avec ses homologues du Sénégal, du Tchad et du Burkina Faso. En 2024, il a lancé une Académie de la bonne gouvernance avec le soutien du Académie internationale de VienneDeux cents auditeurs des secteurs public et privé ont déjà été formés.

Lancement de l'Académie pour la bonne gouvernance et le leadership anti-corruption (ABG-LAC)PHOTO : Crédit : Haute Autorité pour la Bonne Gouvernance
La société civile, quant à elle, poursuit ses actions de plaidoyer. La création d'un indice national de gouvernance est en cours, tout comme un projet de loi visant à protéger les lanceurs d'alerte. Sur le terrain, les attentes restent élevées. « Nous avons posé les bases, il faut maintenant suivre le dossier ligne par ligne », déclare Kouman.
Dans un pays encore marqué par les tensions politiques et le souvenir du conflit, la transparence progresse à petits pas. Si des progrès restent à faire, la consolidation progressive du dialogue entre les institutions publiques et la société civile représente un levier structurant pour une gouvernance plus responsable et inclusive.
Ce blog est soutenu par l'Agence française de développement (AFD). Les idées et opinions exprimées sont celles des auteurs et ne reflètent pas nécessairement celles de l'Agence française de développement.

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